Création le samedi 18 janvier 2020 / 14h30, 16h30 et 17h30 / Musée d’arts de Nantes en co-organisation avec le CCNN, le Théâtre ONYX , La Soufflerie et Musique et Danse en Loire-Atlantique

À partir de la saison 2019/2020, je propose d’initier avec CANTATES / 1 une série dansée en composant toutes les saisons ou toutes les deux saisons environ une courte forme chorégraphique sur une cantate de Johann Sebastian Bach (1685-1750). Des trois ordres de classification des cantates aujourd’hui existants, je préfèrerai l’ordre liturgique aux ordres chronologique et éditorial. Ainsi, le tout premier volet de ce long parcours commence avec l’une des cantates pour le premier jour de l’Avent que nous n’avons pas perdues avec le temps, la BWV 61, Nun komm der Heiden Heiland (“Viens donc, sauveur des gentils”). Ce premier volet sera un solo pour une danseuse.

Pendant la première moitié du XVIIIème siècle, répondant aux commandes de l’église luthérienne, Bach compose plusieurs centaines de cantates et constitue ainsi l’une des collections musicales les plus connues au monde. Traces précieuses et lacunaires d’un intense ouvrage, quelque 250 cantates n’ont pas disparues sous l’effet du temps (Bach aurait produit en tout environ 300 cantates d’église et 60 cantates profanes, principalement entre 1708 et 1717 à Weimar, et entre 1723 et 1750 à Leipzig, où il est demeuré jusqu’à sa mort).
Derrière l’incontestable finesse et l’éblouissante profondeur de ces oeuvres s’est en effet probablement déployé un exercice répétitif rigoureux que Bach a dû mener à bien, malgré les doutes et difficultés qu’il a pu rencontrer. Le génie de son art ne résidait peut-être pas tant alors dans sa brillante capacité à composer de la musique, mais à plus forte raison dans sa capacité à recycler des matériaux mélodiques, harmoniques et rythmiques qui devinrent des sortes de motifs, des emblèmes musicaux sans cesse réactualisés et déclinés au fil de son oeuvre.

Comment continuer à faire exister ces cantates autrement que par leur unique présence musicale, en les faisant résonner dans notre présent ? Comment le corps dansant –
celui qui respire, qui vibre, et qui catalyse dans son geste les échos de notre actualité – peut-il devenir un médium par lequel les cantates passent et nous parlent ici et maintenant ?
Comment faire revivre la notion même de commande, d’exercice qui nous est donné, ou que l’on se donne à soi-même ? Comment retrouver la stimulation propre à ces modalités singulières de création, ses difficultés, ses blocages, ses élans et ses épiphanies ?

Ce projet interroge la notion d’histoire, et notamment du passé en tant qu’il s’actualise et devient présent au moment où il résonne. C’est l’une des raisons pour lesquelles je souhaite le penser et le concevoir pour des lieux de patrimoine et d’histoire (chapelles, églises, cathédrales, cloîtres, abbayes, tours, châteaux…) qui, par leur simple présence parmi nous, témoignent de leur évidente contemporanéité malgré l’effet du temps. Les matières, les vestiges, les monuments et les murs du passé sont éclairés par la lumière du présent autant qu’ils l’éclairent, tout comme le corps dansant éclaire la matière musicale de Bach autant qu’il en est éclairé. D’autre part, et parce qu’ils représentent eux-aussi des espaces dans lesquels le passé vibre dans le présent, j’imagine également ce projet pour des lieux d’art et de culture tels que des musées ou des galeries.

Pour cette cantate dansée, je souhaite proposer une forme « plastique » et abstraite dans laquelle la danseuse ouvrira un dialogue structurel, spatial et musical avec l’oeuvre de Bach. Le corps dansant cherchera à devenir une matière sensible, un médium qui enveloppera et développera les lignes, les points, les couleurs et les intensités de la musique en lui et hors de lui. En m’inspirant principalement de l’analyse de la partition musicale de la cantate, je proposerai un axe principal d’écriture qui sera investi du début à la fin du processus, et autour duquel un ou plusieurs principes de composition chorégraphique s’enrouleront.
Comme dans mes précédentes créations, les règles et contraintes préalablement établies deviendront, sous l’influence du travail créatif de la danseuse et de la recherche commune, des portes et des fenêtres qui n’auront comme intérêt final que de nous accompagner, avec le spectateur, vers davantage de liberté et de détachement. C’est ainsi par la précision de la structure que nous continuerons à chercher l’émancipation, l’autonomie et la richesse créatrice de chacun.e.

S’il ne s’agira pas d’établir une quelconque analogie entre la puissance significative du texte chanté dans la Cantate et le geste dansé, je considérerai toutefois la présence des paroles, qui pourront elles-aussi devenir sources de création pour l’écriture chorégraphique. Ainsi, un mot pourra évoluer en un état tonique, un rythme, un espace, une forme ou une densité.
Le rapport entre la danse et la musique sera par conséquent, comme dans les précédentes créations, au coeur de mes recherches. Quels rapprochements, quels écarts entre et l’une et l’autre, et, à plus forte raison, quel potentiel, quels espaces ouverts dans les interstices qui s’inventent entre elles ? Je questionnerai ce rapport en tentant de chercher comment musique et danse peuvent non plus être dissociées en tant que telles, mais devenir les fruits d’une incarnation commune, les racines d’une cantate dansée où le geste sera une musique autant que la musique sera un geste.

chorégraphie

Louis Barreau

danse

Marion David

musique

J.S. Bach, Cantate BWV 61, Nun komm der Heiden Heiland (“Viens donc, sauveur des gentils”)

lumière (pour la version théâtre)

Françoise Michel

durée

Environ 30 minutes

coordination de projets

Jessica Piris

production

compagnie danse louis barreau

coproduction

Théâtre Francine Vasse-Yvann Alexandre, Nantes

résidences de création

La Soufflerie – scène conventionnée de Rezé ; Musée d’arts de Nantes ; Théâtre Francine Vasse-Yvann Alexandre, Nantes ; Maison des Confluences, Nantes

La compagnie danse louis barreau est soutenue pour ses projets par la Ville de Nantes, le Conseil Départemental de la Loire-Atlantique, le Conseil Régional des Pays-de-la-Loire et la DRAC des Pays-de-la-Loire. Elle bénéficie du mécénat du groupe Caisse des dépôts. La compagnie est associée au projet Théâtre Francine Vasse – Yvann Alexandre pour les saisons 19-20 et 20-21